| CHANGEMENT CLIMATIQUE : UN NOUVEAU DÉFI POUR LA CHINE |
| PAR Ding Yimin |
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Le Président chinois Hu Jintao et d'autres chefs d'Etat portaient une chemise à col ouvert et à manches courtes, en lieu et place de leur costume et cravate habituels, lors d'une conférence très en vue organisée à l'école du Comité central du Parti communiste chinois le 25 juin 2007. Cette tenue informelle n'a rien à voir avec le confort personnel. Les dirigeants chinois essayent simplement de donner le bon exemple à tous les fonctionnaires: porter des vêtements légers et décontractés en été pour utiliser un peu moins les climatiseurs. En juin dernier, le Conseil des Affaires d'Etat a demandé à ce que les climatiseurs de la plupart des b?timents publics ne fonctionnent pas à une température inférieure à 26 degrés. "Comme pays en développement, la Chine s'efforce d'endosser plus de responsabilités pour faire face au changement climatique et réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES)", a dit Lu Xuedu, directeur adjoint du Bureau des Affaires de l'environnement global au ministère des Sciences et Technologies. Selon le "Programme du Changement climatique national", rendu public le 4 juin, le gouvernement s'est engagé à restructurer l'économie, à promouvoir les technologies sur l'énergie propre et à améliorer l'efficacité énergétique. Avec ce nouveau programme, le pays a choisi de ne plus se cacher derrière le "Protocole de Kyoto", qui dégage les pays en développement des obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre, a déclaré Ma Kai, ministre de la Commission d'Etat pour le Développement et la Réforme (CEDR).
UNE MENACE IMMINENTE "Le changement climatique a commencé à faire effet en Chine ces dernières années, et nous ne devons pas trop attendre pour réagir", a appelé Lu Xuedu. Depuis la deuxième moitié des années 1980, la Chine a vécu 19 hivers anormalement chauds. A l'hiver 2006, la température moyenne a atteint 9,92 degrés. C'est la température la plus élevée depuis 1951, d'après les statistiques publiées par le Centre météorologique national. Si le changement climatique n'est pas contr?lé, la production de produits agricoles vitaux pour le pays, comme le blé, les céréales et le coton, risque de diminuer de 37% pendant la deuxième moitié du siècle, a averti Lu. Le réchauffement global abaissera aussi le niveau des rivières et provoquera plus d'inondations et de périodes de sécheresse. De 2010 à 2030, il risque d'y avoir une pénurie de 20 milliards de mètres cubes d'eau dans l'ouest de la Chine. Le changement climatique menace aussi les régions écologiquement vulnérables, tel que le plateau Qinghai-Tibet, a noté Qin Dahe, expert spécialisé dans les glaciers et membre de l'Académie des Sciences de Chine (ASC). "La fonte des glaces du plateau s'accélère ces dernières années", a-t-il déploré. Si le rythme d'augmentation de la température ne diminue pas, la surface des glaciers du plateau passera de 500 000 km2 en 1995 à 100 000 km2 en 2030. Comme le plateau est la source de nombreuses rivières majeures, cette fonte des glaces devrait engendrer une pénurie d'eau et avoir des répercussions sur plus d'un milliard d'habitants en Asie, a prévenu l'expert. Liu Jingshi, chercheur à l'Institut de recherche du plateau Qinghai-Tibet à l'ASC, a ajouté que la surface du plateau était moins dure étant donné que le réchauffement global fait fondre le pergélisol. Liu a déclaré que certaines familles de bergers tibétains ont été victimes d'inondations à cause de la fonte des glaces qui recouvrent la terre. Cela constitue une menace pour la sécurité des habitants locaux si la température ne cesse d'augmenter.
COLLABORATIONS INTERNATIONALES Les émissions de gaz à effet de serre par personne se stabilisent à 3,66 tonnes en Chine, un peu moins du tiers du niveau des pays développés comme les Pays-Bas, a dévoilé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Qin Gang lors d'une conférence de presse accordée en juin. Comme pays en développement, la Chine n'est pas obligée de satisfaire aux objectifs fixés par le protocole de Kyoto, dans le cadre duquel la majorité des pays industrialisés doivent limiter leurs émissions de GES et les réduire de 5,2% par rapport au niveau de 1990, entre 2008 et 2012, a dit Qin. Malgré un bas niveau d'émissions par personne, a-t-il ajouté, le gouvernement chinois attache une grande importance au changement climatique et a pris des mesures énergiques pour limiter les émissions et leurs effets négatifs. La communauté internationale doit renforcer la coopération et aider davantage de pays à prendre le chemin d'un développement propre, qui protège à la fois l'environnement et l'écosystème, et assure la réalisation de leurs objectifs de développement, a-t-il dit. La Chine est en période de pleine industrialisation, et possède le potentiel pour devenir l'un des leaders du monde dans la réduction des GES, si des technologies plus propres peuvent être adoptées avant la mise en place d'industries, a indiqué le professeur Jason Blackstock, chercheur à l'Université de Harvard. Selon lui, les nations développées doivent aussi prendre leurs responsabilités et aider la Chine et d'autres pays en développement en partageant les technologies de pointe sur la réduction de GES, via des accords de coopération internationale.
A LA CHERCHE D'ALTERNATIVES Pour agir efficacement sur le problème du changement climatique, la Chine a publié un Programme national du changement climatique le 4 juin. Selon les calculs de l'Agence de presse Chine Nouvelle, si tous les objectifs sont réalisés, le pays le plus peuplé au monde devrait émettre 1,5 milliard de tonnes de dioxyde de carbone en moins d'ici 2010, tout en maintenant une croissance économique rapide. Ces objectifs comprennent la construction de centrales hydrauliques et nucléaires, l'amélioration des centrales thermiques d'électricité, la simplification du développement du méthane de houille, l'exploitation des énergies renouvelables (énergie éolienne, solaire et chaleur terrestre), ainsi que la reforestation et les économies d'énergie. Le 4 juin, la Chine a aussi publié un "Plan de travail général pour la préservation énergétique et la réduction des émissions polluantes", dans lequel le gouvernement s'engage à adhérer au plan initial pour l'efficacité énergétique et la réduction de 10% des émissions polluantes majeures. Ce plan reproche aux départements du gouvernement d'être peu sensibilisés à l'importance de l'efficacité énergétique et de la réduction de la pollution. Le gouvernement devrait réformer le mécanisme de l'évaluation des gouvernements locaux et de leurs dirigeants, en tenant compte d'objectifs d'efficacité énergétique et de réduction des émissions de GES, selon le plan, qui ordonne également aux départements gouvernementaux de lister des mesures détaillées pour mettre à bien cette réforme. Dans le cadre du plan, les unités, les branches et le corps du gouvernement central montrent l'exemple en utilisant des produits économes en l'énergie, économes en eau et respectueux de l'environnement, tels que les climatiseurs, ordinateurs et imprimantes "verts". Le pays encourage les institutions financières à renforcer leur soutien, par des crédits, aux projets favorisant la protection de l'environnement et la réduction de la pollution, alors que le gouvernement propose des politiques fiscales préférentielles. En outre, le gouvernement entend réformer aussi la fixation des prix de certaines ressources, comme le pétrole raffiné, le gaz naturel et l'électricité, et limiter les exportations des produits fortement consommateurs d'énergie et très polluants. L'utilisation d'énergie dans les industries très consommatrices, dans le secteur de l'acier, des métaux non-ferreux, de la pétrochimie et des cimenteries, sera améliorée pour atteindre les objectifs d'économie de 50 millions de tonnes de charbon en 2007 et de 240 millions de tonnes en 2010. Le gouvernement a pris des mesures pour réduire l'usage des combustibles fossiles. Les combustibles non-fossiles représenteront 30% de la consommation d'énergie en Chine en 2050, contre 10% actuellement, a expliqué Yan Luguang, chercheur de l'ASC. Bien que l'émission de GES par personne de la Chine soit inférieure à celles des Etats-Unis et de l'Australie, le dépendance au charbon fait de la Chine un gros pollueur qui a beaucoup contribué aux émissions de GES, facteur essentiel du changement climatique. En 2050, le charbon brûlé ne représentera qu'une proportion limitée de la consommation d'énergie du pays, contre 70% aujourd'hui, a dit Yan. La consommation de pétrole devrait représenter 20% du total de la consommation et atteindre 800 millions de tonnes en 2050, dont 75% importées de l'étranger, a-t-il dit. Avec la croissance de la demande énergétique, l'offre de pétrole devient cruciale pour la sécurité énergétique du pays, a-t-il ajouté. La demande de gaz naturel, d'électricité hydraulique et nucléaire ne cesse de s'accroître. En 2050, les énergies solaire, éolienne et biologique représenteront 15% de la consommation nationale d'énergie.
SOUTIENS SCIENTIFIQUES Ayant pour objectif des "JO verts, JO des hautes technologies" en 2008, la Chine a construit les sites olympiques en respectant l'environnement, avec des matériaux "verts" et des systèmes d'économie d'énergie et de recyclage de l'eau. Les énergies solaire, éolienne, ainsi que d'autres énergies nouvelles qui favorisent la réduction des émissions de GES, ont été installées dans les stades olympiques. Le ministre des Sciences et des Technologies et 14 autres départements du gouvernement ont publié un plan d'action spécial fin juin pour lutter contre le changement climatique, et apporter un soutien scientifique au Programme national du Changement climatique. La Chine a investi 2,5 milliards de yuans (330 millions de dollars) dans la recherche et le développement pour mieux ma?triser le changement climatique lors du 10e plan quinquennal (2001-2005). Le gouvernement projette d'investir 4,6 milliards de yuans de plus dans ce domaine pour le 11e plan quinquennal (2006-2010), a dit Wan Gang, ministre des Sciences et Technologies. Le pays doit développer une "économie à basse émission de carbone" et une "économie à absorption de carbone", a-t-il expliqué. Une économie à basse émission de carbone est une économie qui consomme moins d'énergie et génère moins de pollution. D'autres mesures, telles que l'amélioration de la structure énergétique, l'amélioration de l'efficacité énergétique et le développement des énergies propres et renouvelables, doivent être prises pour affronter le défi du changement climatique. Fin |
