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UN LANGAGE COMMUN AIDE À RÉSOUDRE LA QUESTION DU DARFOUR

    Liu Guijin a l'air passionné d'un diplomate expérimenté quand il parle de la Chine et de l'Afrique. "Les peuples chinois et africain sont de grands camarades de coeur depuis que nous partageons le même point de vue sur les affaires internationales."

    Premier envoyé spécial pour les affaires africaines, Liu travaille sans rel?che depuis sa prise de fonctions en mai. Il a effectué trois visites en Afrique en moins de trois mois, dont deux au Darfour (Soudan), l'un des endroits les plus instables de l'Afrique. Plus d'un million de personnes déplacées ont décidé de retourner dans leur région natale, alors que l'Union africaine (UA) et les Nations Unies ont décidé de déployer une force conjointe de maintien de la paix au Darfour, composée de 26 000 soldats. Le plus grand pays du continent s'est efforcé de progresser vers la paix et la stabilité en invitant les groupes rebelles à négocier avec le gouvernement. Alors que la communauté internationale a qualifié ces progrès de "sans précédent", beaucoup de dirigeants du monde ont remercié la Chine pour son r?le constructif.

    "Vous pouvez décrire le rôle de la Chine dans la résolution de la question du Darfour comme 'unique' car nous parlons et nous nous comportons d'une fa?on que nos amis africains comprennent et acceptent", a dit Liu.

    Ces dernières années, le gouvernement soudanais a coopéré avec l'UA pour résoudre les conflits entre les tribus locales du Darfour. Certains pays occidentaux l'ont accusé de génocide dans la région, une accusation démentie par une enquête parue sur le site Internet des Nations Unies. Etant donné les motifs hautement soupçonnables des pays occidentaux, le gouvernement soudanais a refusé de permettre aux troupes étrangères -hormis celles de l'UA- d'entrer au Darfour, même sous la bannière des Nations Unies. La situation s'est complexifiée lorsque des Occidents ont menacé d'imposer des sanctions économiques au Soudan. Certains individus et groupes occidentaux ont préconisé l'utilisation de la force sans l'autorisation des Nations Unies. Ce comportement a provoqué l'agitation de l'UA, tandis que le Soudan s'est engagé à lutter pour préserver sa souveraineté.

Lors de ce moment crucial, la Chine a avancé une solution politique sur la question du Darfour. Elle a adopté une position claire selon laquelle la souveraineté et l'intégrité territoriale du Soudan doivent être respectées affirmant que les sanctions ne peuvent contribuer à résoudre la question. Afin de prévenir une possible escalade de la crise, la Chine a immédiatement déployé une série d'efforts diplomatiques.  

Le président chinois Hu Jintao a rencontré deux fois son homologue soudanais Omar Hassan Ahmed El-Bashir entre novembre 2006 et février 2007. Hu a clarifié la position de la Chine sur la question du Darfour, dont le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Soudan. Il a insisté sur la mise en oeuvre d'une solution pacifique par le biais du dialogue et de la consultation égalitaire. Il a aussi affirmé les r?les de l'UA et des Nations Unies, ainsi que les impératifs d'amélioration de la stabilité et des conditions de vie dans la région. Les dirigeants chinois ont aussi discuté de la question du Darfour avec le vice-Premier président soudanais Salva Kiir Mayardit et d'autres officiels soudanais lors de leurs visites en Chine.

    Parallèlement, le gouvernement chinois a dépêché cinq groupes d'envoyés au Darfour avant le mois de mai, lorsque Liu Guijin a été nommé envoyé spécial pour la question du Darfour. Lors de sa visite au Soudan en mai, Liu a rencontré le président El-Bashir et plusieurs ministres du gouvernement soudanais, afin de les persuader de faire preuve de plus de flexibilité sur certains points, comme la proposition avancée par l'ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan sur le déploiement d'une force conjointe de maintien de la paix au Darfour en trois phases. La proposition est le résultat d'un an de médiation par l'UA et d'autres pays. Elle a obtenu le large consentement de la communauté internationale, dont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies. "Nous faisons comprendre à la partie soudanaise qu'il y va de l'intérêt à court terme et à long terme du Soudan d'accepter la proposition d'Annan, car elle est considérée comme une solution complète pour la question du Darfour", a indiqué Liu.

    "La Chine a essayé tous les moyens pour envoyer ce message au Soudan. Et le gouvernement soudanais s'est mis apparemment d'accord avec nous", a souligné Liu.

    Le 12 juin, le Soudan a affirmé, dans une déclaration conjointe avec l'UA et les Nations Unies, qu'il avait explicitement accepté la troisième et dernière phase de la proposition d'Annan.

Cependant, la position chinoise de chercher la coopération du gouvernement soudanais au lieu de faire pression ou d'imposer des sanctions a soulevé la critique des médias occidentaux. Certains ont accusé la Chine de protéger la "tyrannie" pour son propre compte et appelé à boycotter les Jeux Olympiques de Beijing.

    MÉDIATEUR OUVERT

    "En fait, la Chine a adopté une méthode très ouverte pour résoudre la question du Darfour", a affirmé Liu. Les dirigeants et officiels chinois ont profité de toutes les occasions pour échanger leurs points de vue avec leurs homologues occidentaux, notamment la visite à Beijing en janvier de l'envoyé spécial américain au Soudan Andrew Natsios, et les rencontres entre le président chinois Hu Jintao et les dirigeants du G8 en Allemagne en juin. Beijing a accueilli les visites de médiation au Darfour effectuées par des personnalités internationales telles que le secrétaire d'Etat adjoints des Etats-Unis John Negroponte. La Chine maintient une attitude ouverte envers la proposition française d'ouvrir un corridor humanitaire au Darfour, à condition que les pays concernés l'acceptent. Lors de la réunion de Paris en juin, le ministre chinois des Affaires étrangères Yang Jiechi s'est comporté en médiateur pour alléger les difficultés entre le Soudan et certains pays occidentaux.

    "Nous nous effor?ons aussi de persuader nos collègues occidentaux que l'intransigeance n'est pas nécessairement la seule voie pour résoudre les problèmes. Imposer des sanctions rendra la situation plus compliquée en décourageant la coopération du gouvernement soudanais", a dit Liu, qui a aussi assisté à la réunion internationale comme représentant du gouvernement chinois. "Nous pouvons utiliser notre sagesse et les efforts conjoints pour aboutir à un meilleur résultat."

    Sous la présidence de la Chine, le Conseil de Sécurité de l'ONU a adopté la Résolution N°1769, qui est concise et précise dans sa rédaction, montrant la voie pour l'arrivée au Darfour d'une force de maintien de la paix organisée par l'UA et les Nations Unies, mais sans faire pression ni imposer de sanctions au Soudan. L'ambassadeur du Soudan aux Nations Unies Abdalmahmmod Abdalhaleem a révélé que la résolution tenait compte de beaucoup de préoccupations du gouvernement soudanais. Par exemple, la résolution stipule que les troupes mixtes de l'UA et des Nations Unies doivent exécuter la mission de maintien de la paix sans porter atteinte au rôle du gouvernement soudanais.

    "Le Darfour est le Darfour du Soudan. Il est le Darfour de l'Afrique", a fait remarquer Liu. La Chine a fondé ses relations avec l'Afrique sur l'égalité et la non-ingérence dans les affaires intérieures. "La politique chinoise envers l'Afrique s'enracine profondément dans la philosophie de la culture chinoise et sa longue histoire," a analysé Liu.

    Le peuple chinois, originaire de 26 groupes ethniques et parlant des centaines de dialectes, croit que différentes cultures peuvent coexistent pacifiquement dans le respect mutuel. Confucius a dit il y a 2 000 ans que le peuple chinois ne devait pas imposer aux autres ce qu'il ne désirait pas pour lui-même. Car la Chine et l'Afrique ont toutes deux des souvenirs douloureux de la colonisation occidentale. La Chine ne poursuit jamais ses propres intérêts aux dépens de l'Afrique, a dit Liu.

      Le premier intérêt de la Chine est la construction d'un monde harmonieux, car c'est seulement dans une sitation internationale stable que la Chine peut se concentrer sur son développement intérieur. L'amitié avec l'Afrique est toujours l'un des piliers de la politique diplomatique pacifique de la Chine. "Le prétendu nouveau colonialisme ne peut pas être conforme à la stratégie complète de la Chine", a indiqué Liu. Accuser la Chine de néocolonialisme en Afrique ne reflète que le point de vue des accusateurs qui ont eu un passé colonial sur ce continent."

   

   COOPÉRATION ÉCONOMIQUE ÉGALITAIRE ET NON-EXCLUSIVE

    En ce qui concerne la coopération économique entre la Chine et l'Afrique, Liu a souligné que les deux parties respectaient les principes de l'égalité, du bénéfice mutuel, de la transparence et de la non-exclusivité.

    "La Chine importe vraiment du pétrole du Soudan", a-t-il reconnu. Mais les compagnies de pétrole occidentales détiennent une large part des ressources du continent. Les compagnies chinoises ont gagné les contrats de pétrole après un appel d'offres international et conduit tous les projets au Soudan conjointement avec des partenaires internationaux, dont ceux de Grande-Bretagne, du Canada, d'Inde, de Malaisie et du Soudan. Comme la production de pétrole est divisée selon les parts des investissements, la Chine n'a qu'un quota pour acheter une part minimum de la production totale. Selon les statistiques de l'UA, 33% des exportations de pétrole africaines sont allées aux Etats-Unis l'année dernière. 36% du pétrole africain a afflué en Europe, alors que la Chine a acheté seulement 8,7% du total des exportations.

     Les pays occidentaux montrent un grand intérêt croissant pour les ressources pétrolières du Soudan depuis longtemps. Quand les compagnies chinoises de pétrole sont entrées au Soudan il y a 11 ans, le Soudan dépendait des importations pour la plupart de ses carburants. Avant, les géants pétroliers occidentaux ont exploré les lieux de pâturage du Soudan pendant plus de dix ans, sans découvrir aucune réserve pétrolière de valeur commerciale. Les compagnies chinoises ont aidé le pays à pomper son premier baril de pétrole en 1996, grâce une technologie unique qu'elles utilisaient. Trois ans plus tard, le premier pétrolier a quitté Port Soudan. L'économie est en plein essor depuis ces six dernières années, car les revenus pétroliers ont atteint deux milliards de dollars par an. Et la croissance économique devrait atteindre 13% cette année.

    La présence des compagnies chinoises a apporté d'autres sources de financement et des technologies pour le développement des pays africains. Le célèbre économiste africain Adebayo Adedeji a indiqué que le peuple africain pouvait obtenir des bénéfices tangibles de la coopération économique avec la Chine, alors que les compagnies occidentales ont apporté peu de bénéfices au peuple local lors de leur exploitation des ressources africaines.

    Les compagnies chinoises ont investi de nouveau au Soudan pour son développement. Avec les investissements chinois, la capitale soudanaise Khartoum a créé un ensemble complet de raffineries pétrolières, d'usines pétrochimiques et de systèmes de commerce. Plus de 100 000 Soudanais ont trouvé du travail dans les projets de coopération entre la Chine et le Soudan. Les compagnies chinoises ont aussi aidé à former 6 000 directeurs et techniciens locaux, qui sont maintenant à des postes importants du secteur pétrolier du pays.

    La China National Petroleum Corporation (CNPC), la principale entreprise pétrolière de Chine qui opère au Soudan, a donné plus de 35 millions de dollars pour construire des routes, ponts, hôpitaux et écoles pour les communautés locales, bénéficiant aux plus de 1,5 million de résidents locaux.

    A environ 65 km au nord de Khartoum, une centrale construite par la Chine produit un tiers de l'électricité du pays. Encore vers le nord, la grande digue de l'usine hydroélectrique Marawi prend forme sous le contr?le d'ingénieurs chinois. Une fois construite l'année prochaine, elle devrait tripler la production électrique du Soudan. Elle résoud non seulement le manque d'électricité au Soudan, mais fournit aussi l'irrigation sur 100 km.

    Plus grand pays en développement du monde, la China comprend que le Soudan a un besoin urgent d'accélérer son développement afin de mettre fin aux conflits. Tandis que les pays occidentaux retiennent l'aide mais imposent des sanctions au Soudan, les compagnies chinoises construisent des projets d'alimentation en eau au Darfour, qui sont cruciaux pour apaiser les tensions causées par le manque de ressources. Durant sa visite au Soudan en février, le président chinois Hu Jintao s'est engagé à offrir de l'aide humanitaire d'une valeur de 40 millions de yuans au Darfour, en plus des aides de 80 millions de yuans déjà envoyées au Soudan. La Chine a aussi envoyé des troupes et des fonds à la mission de maintien de la paix de l'UA et des Nations Unies.

    Lors de la réunion à Tripoli en juillet, l'envoyé spécial de l'UA au Darfour, Salim Ahmed Salim a souligné que la paix ne durerait pas si aucun progrès n'avait été fait dans le développement. Les efforts de la communauté internationale pour promouvoir le développement au Soudan ont été handicapés par l'échec de l'Occident à respecter ses promesses d'aide dans l'Accord de Paix signé entre le gouvernement soudanais et les groupes rebelles du sud. Selon l'accord, les habitants du sud du Soudan voteront en 2011 pour décider si la région reste dans un Soudan unifié ou divisé. Et la région du Darfour organisera un référendum en 2010. Salim a indiqué que si le plus grand pays en Afrique se séparait, il exercerait une influence sur les pays voisins et signifierait un désastre pour tout le continent.

    "Quand je l'écoute, je sens un amour profond envers l'Afrique et aussi ses soucis", a dit Liu en rappelant une conversation avec Salim lors de la réunion. C'est pourquoi la Chine appelle à une méthode de "double rail" dans la solution de la question du Darfour. Le double rail signifie déployer des efforts équilibrés et parallèles et adopter une solution politique. Comme les groupes rebelles, qui n'étaient pas inclus auparavant dans le processus de la paix, ont négocié avec les envoyés spéciaux de l'UA et des Nations Unies à Arusha (Tanzanie) en août, les deux rails de la question du Darfour ont commencé à fonctionner en même temps pour une paix durable.

    Au cours d'une rencontre avec Liu, Le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a affirmé que la Chine avait exprimé ce que l'Afrique avait envie de dire.

  (Zhang Haina a aussi contribué à la dépêche)   Fin       

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